Longtemps perçue comme une simple affaire d’esthétique, la communication visuelle a, elle aussi, basculé dans l’ère de la sobriété. Du choix d’une typographie à celui d’un papier recyclé, chaque décision compte. Papier ou digital ? Désormais, il s’agit de choisir selon l’usage et l’impact, en évaluant ce qui est réellement nécessaire. Derrière les couleurs, les formes et les supports se joue désormais un enjeu écologique majeur : comment créer beau, utile… et responsable ?
Imprimé ou digital, peu importe le support : bien éco-concevoir, c’est avant tout simplifier. Un message clair, une mise en page allégée. Adopter une approche minimaliste, c’est se concentrer sur la fonction de chaque élément graphique : garder ce qui sert réellement le propos, retirer le superflu, optimiser ce qui reste. Avant même de créer, l’écoconception invite à se poser les bonnes questions : à quel besoin répond le projet ? Quel est son objectif ? Quels sont les publics visés ?
Ainsi, au-delà du support, l’écoconception repose sur l’épure : chaque élément graphique doit servir un objectif précis. C’est cette approche minimaliste qui fonde les piliers de l’éco-branding.
Les piliers de l’éco branding
Le choix graphique peut jouer un rôle clé dans la réduction de la consommation de papier et d’encre. La règle d’or ? «Laisser respirer la mise en page, sans excès». Elle permet une lecture agréable tout en gardant la créativité intacte.
Imaginé par le designer Sylvain Boyer, le concept d’éco-branding invite les marques à repenser leur identité visuelle pour en limiter l’impact environnemental. L’idée est simple : chaque choix graphique peut contribuer à réduire la consommation d’encre, d’énergie ou de données. La démarche s’articule autour de quatre axes principaux : les logos, les couleurs, les typographies et l’expérience utilisateur (UI).
Le logo
Premier terrain d’action de l’éco-branding : le logo. L’objectif est simple : réduire sa consommation d’encre à l’impression. Pour y parvenir, il suffit d’affiner les traits, de limiter les aplats de couleur et de privilégier des formes épurées. Les éco-logos se reconnaissent immédiatement à leur sobriété. L’idée est de laisser respirer la mise en page sans en perdre la force visuelle. Loin d’être un détail, cette démarche a un impact réel, surtout lorsque l’emblème d’une marque s’affiche sur des milliers de supports chaque jour.
Les polices
Les typographies jouent un rôle central dans l’éco-branding. Plus un caractère est fin et étroit, moins il consomme d’encre à l’impression.
Depuis peu, une nouvelle génération de typographies pensées pour l’éco-conception a vu le jour. Des polices comme Ryman Eco et Vera Sans permettent de réduire la consommation d’encre tout en conservant lisibilité et esthétique.
Les couleurs
Le choix des couleurs demande un peu plus de réflexion : il peut avoir un impact éco-responsable important. Pour réduire la consommation d’encre, mieux vaut privilégier les couleurs CMJN, tirées de la quadrichromie. Concrètement, chaque couleur se construit avec l’addition de quatre teintes (cyan, magenta, jaune et noir) et pour rester écoresponsable, leur total ne doit pas dépasser 100 %.
En parallèle, la colorimétrie joue un rôle clé : il s’agit de réduire l’intensité d’une couleur sans que cela se remarque à l’œil nu. Une façon simple de limiter l’usage d’encre tout en préservant l’impact visuel.
Les gros aplats, les dégradés complexes ou les effets métalliques sont à éviter, car ils alourdissent la consommation d’encre et compliquent le recyclage. Privilégiez plutôt des jeux de contrastes et de densité : un noir imprimé à 85 % reste parfaitement lisible tout en utilisant près de deux fois moins d’encre qu’un noir plein.
Enfin, pour ceux qui souhaitent des couleurs vives et éclatantes sur de petites quantités, la risographie offre une solution pratique et respectueuse de l’environnement. Une démarche simple, mais efficace, qui montre qu’esthétique et écoresponsabilité peuvent aller de pair.
L’UI, expérience utilisateur
L’éco-branding ne s’arrête pas au papier : le design numérique joue un rôle tout aussi central. L’UI, c’est-à-dire l’expérience utilisateur, influence directement la consommation d’énergie et de bande passante, ainsi que l’espace utilisé sur les serveurs et l’impact sur la batterie des appareils.
Pour y parvenir, les marques adoptent plusieurs stratégies : réduire la taille des fichiers, alléger les visuels ou diminuer la luminosité des interfaces, sans nuire au confort de navigation. Même de petites différences peuvent avoir un impact significatif. Par exemple, un visuel chargé dans une dimension mais affiché dans une autre demande de l’énergie supplémentaire pour être redimensionné par le navigateur.
Un design web éco-conçu reste épuré et léger : typographies fines, dégradés CSS et uniquement les éléments essentiels s’affichent à l’écran, à la demande de l’internaute. Un site plus optimisé consomme moins de bande passante, moins d’énergie à chaque clic et contribue à réduire l’empreinte écologique du numérique. Preuve que le graphisme peut faire sa part dans la transition écologique, pixel après pixel, tout en alliant esthétique, confort et efficacité énergétique.
Optimiser les Supports et leur durée de vie
Choisir le bon format
Le format d’un document, ce n’est pas qu’une question d’esthétique. C’est aussi un moyen malin de limiter le gaspillage et d’optimiser l’utilisation du papier. Avant tout, identifiez vos besoins réels : dimensionner le format et le nombre de pages permet d’éviter les pertes inutiles. Les formats standards, comme l’A4 ou l’A5, réduisent les découpes et facilitent la production, tandis que les rouleaux de papier offrent plus de liberté pour des formats originaux.
Bien penser le format dès la conception facilite aussi la diffusion : les enveloppes et cartons standards s’adaptent parfaitement, et le grammage se choisit selon le type de document. Pour un courrier classique, 70 à 80 g suffisent ; pour un flyer, 135 g est idéal ; et au-delà de 150 g, le papier devient rigide.
Créer des contenus adaptables sur plusieurs formats (print et digital) évite de multiplier les productions. Une feuille de style numérique également dédiée à l’impression nécessite de limiter les fonds colorés et aplats gourmands en encre. Il est également recommandé de structurer la mise en page pour éviter les impressions inutiles. Chaque choix ou format, grammage, design devient alors un petit geste concret, efficace et responsable.
Exemples :
Certaines collectivités adaptent leurs newsletters en A5 et synthétisent leurs informations pour optimiser l’impression et la diffusion postale.
Dans d’autres collectivités, le magazine municipal n’est plus distribué automatiquement au sein de chaque foyer. Les habitants s’abonnent selon leurs préférences à une version numérique ou papier, et une newsletter vient compléter l’information de manière plus régulière.
Pour leurs campagnes de sensibilisation, certaines associations ont réduit drastiquement le nombre d’affiches et de flyers. Quelques supports stratégiquement placés dans des lieux publics fréquentés sont complétés par une campagne digitale ciblée sur les réseaux sociaux, groupes de quartier et applications municipales. Les flyers sont réservés aux zones non connectées, imprimés en petit format A6 sur papier recyclé. Résultat : coûts divisés par deux, communication plus ciblée et impact écologique réduit.
Papier vs digital : choisir selon l’usage et l’impact
Le choix entre papier et digital dépend de l’usage et de la durée de vie du document. Pour un document longuement utilisé et partagé par de nombreuses personnes, l’impression peut être plus pertinente. Pour un contenu temporaire ou peu consulté, le format numérique est préférable.
Une approche mixte est également possible : diffuser un exemplaire papier aux publics qui en ont besoin, tout en proposant une version en ligne synthétique et enrichie pour un accès plus large et régulièrement mis à jour. L’étude de Quantis réalisée avec le Groupe La Poste en 2020 montre que l’impact environnemental du papier et du numérique dépend des usages et des critères évalués : par exemple, pour l’envoi d’une facture, 9 critères sur 16, dont certains liés aux gaz à effet de serre, favorisent le papier, les autres critères privilégient le numérique.
Impression et logistique responsable : du papier à l’expédition
Papier éthique : labellisé, recyclé, ou les deux ?
Le papier, qu’il soit vierge ou recyclé, a un coût pour la planète : eau, énergie, rejets…Il faut 4 à 5 tonnes de bois pour produire 1 tonne de pâte à papier vierge !1 Et tout n’est pas européen : en 2019, la moitié de la pâte consommée en Europe venait de l’étranger, surtout d’Amérique du Sud, et beaucoup d’imprimés arrivent d’Asie. Heureusement, le papier à recycler est déjà là, prêt à être réutilisé.
L’astuce ? Choisir un papier qualitatif et labellisé (EU Ecolabel, Blue Angel, FSC, Nordic Swan…) et réduire le grammage au strict nécessaire. Quelques gestes simples pour un impact réel : moins de bois, moins d’énergie… et beaucoup plus de sens.
Exemple : une entreprise choisit du papier certifié FSC pour ses rapports annuels et un grammage de 80 g pour les courriers, économisant ainsi des tonnes de papier par an.
L’impression : une étape charnière
L’impression est une étape charnière de votre production. Il existe des imprimeurs certifiés en écoconception et, comme l’encre représente un poste de consommation important, il est essentiel de réfléchir au grammage pour conserver un rendu de qualité tout en maîtrisant l’impact environnemental.
Il est également important de limiter les finitions lourdes : le vernis, pelliculage ou dorure peuvent avoir un impact environnemental important. Les réserver aux cas essentiels et explorer des alternatives légères ou biodégradables permet de réduire l’empreinte écologique.
Exemple : un magazine local a supprimé le pelliculage de toutes ses couvertures et utilise désormais des encres à base végétale, réduisant son empreinte carbone de manière significative.
Expéditions écoresponsables : penser léger et recyclable
Pour les brochures ou catalogues envoyés par la poste, privilégier des emballages recyclés et réduire la quantité de plastique ou de carton utilisé. Penser au regroupement des envois pour limiter les transports. Lorsque cela est possible, privilégier les imprimeries locales ou régionales.
Ces gestes simples permettent de produire des documents esthétiques, fonctionnels et respectueux de l’environnement, tout en laissant libre cours à la créativité.
En choisissant le juste et le nécessaire, nous écrivons dès aujourd’hui les histoires durables de demain.
- chiffre provenant du représentant de l’Union des coopératives forestières françaises (UCFF), donné pendant son audition par la Mission d’information sur la filière du recyclage du papier, dont le rapport a été publié en janvier 2021. ↩︎
